Le "Lascaux de la sculpture"
Le site original, situé sur la commune d'Angles-sur-l'Anglin est un abri-sous-roche orné de sculptures pariétales datant du Paléolithique supérieur, plus précisément du Magdalénien moyen (occupation attestée il y a 15 000 à 14 000 ans). Il porte le nom de Roc-aux-Sorciers, bien avant la découverte du gisement archéologique, en raison d'une légende locale selon laquelle les sorciers et sorcières se réunissaient en cet endroit.
Le site est composé de deux locus, la cave Taillebourg et l'abri Bourdois, du nom des anciens propriétaires des parcelles. Ces deux ensembles sont séparés par une réserve archéologique. La frise sculptée conservée in-situ dans l'abri Bourdois est aujourd'hui protégée par une construction réalisée par l'Etat, propriétaire du site, sous la direction de l'architecte en chef et de la direction régionale des affaires culturelles de poitou-Charentes. Le site reste fermé au public pour des raisons de conservation.
La frise sculptée est exceptionnelle par la maîtrise technique dont ont fait preuve les sculpteurs préhistoriques mais aussi par la qualité des œuvres, le rendu des détails anatomiques, la puissance qui s’en dégage, notamment grâce aux volumes intelligemment mis en valeur par le jeu des lumières. Les figures sont très réalistes, animalières ou humaines. Ces dernières étant très rares dans l’art paléolithique, renforcent le côté original du site. La paroi offre un art monumental sculpté, mais aussi un art plus discret gravé.
Les fouilles ont mis en évidence une importante occupation humaine associée à cet art pariétal, ce qui est également très rare. Les couches archéologiques ont livré d'importants foyers au pied des sculptures ainsi qu'un matériel riche, composé d'art sur objets, de parures, de lampes en calcaire, de godets à peitnure, d'outils en silex, os, bois de renne et ivoire de mamouth, ... Deux locus ont fait l'objet de recherche. Les fouilles dans la cave Taillebourg ont livré de nombreux blocs décorés de sculptures, peintures et gravures, provenant du plafond effondré. Ces quelques centaines de blocs sont actuellement conservés au Musée d'Archéologie Nationale à Saint-Germain-en-Laye. Une quinzaine de mètres plus en aval, les fouilles dans l'abri Bourdois, ont permis de dégager la frise sculptée en fond d'abri.
La qualité technique et figurative des représentations et les dimensions de la frise conservée sur une vingtaine de mètres, conctituent un art monumental unique au monde pour la période du Paléolithique supérieur.
La force de ces figures provoque à leur observateur, un véritable choc émotionnel. Mais le sens de ces représentations nous échappe. Les figures animalières sont animées. Chevaux, bouquetins et bisons sont en mouvement. Plusieurs thématiques se superposent. Les représentations humaines, rares dans l'art paléolithique, sont ici très nombreuses et s'insèrent parfaitement dans le dispositif pariétal. Le mouvement général des figures, les jeux de mises en scènes évidents montrent que cette frise pouvait être perçue dans son ensemble. Tandis que les nombreux anneaux creusés dans le calcaire de la paroi, permettnat d'attacher des liens et peut-être de tendre des peaux (?), incitent à penser que des parties de la frise pouvaient être cachées, créant ainsi des aires d'occupation domestique et artistique différentes. Vue dans son ensemble ou de manière segmentée, cette frise est en contact étroit avec les occupants du lieu, en lien étroit avec la vie domestique, la vie quotidienne. L'abri sous-roche ouvert sur le paysage, la lumière du jour, montrent un art en prise totale avec son univers extérieur. Cette réalité a fortement marqué la pensée sociale et imaginaire des populations magdaléniennes qui ont créé cette frise, ici, au Roc-aux-Sorciers.
Reste à mieux comprendre ce lien entre habitat et décor, c'est l'une des problématiques des études scientifiques en cours.
